Question Aptitude au sport



Les sportifs de haut niveau ont-ils des aptitudes supérieures à celles des autres êtres humains dès la naissance ou un entrainement approprié ferait-il de chacun de nous un champion ?

Réponse

  • Votre question est particulièrement récurrente dans le domaine qui est le mien à savoir l’entraînement et la préparation physique. En effet, bon nombre de sportifs viennent régulièrement me questionner à ce sujet. Je vais tenter de répondre au mieux à votre attente.
    D’abord il faut bien comprendre que l’héritage génétique représente "un plus" incontestable en matière de potentiel de performance. En effet, à titre d’exemple, un individu naturellement "équipé" d’un fort pourcentage de fibres blanches sera prédisposé à la réalisation d’efforts brefs et intenses. Au contraire, un pourcentage important de fibres oxydatives sera déterminant dans l’optique de réaliser des performances sur de longues distances. En ce qui concerne l’entraînement, il peut modifier certaines propriétés physiologiques, histochimiques et enzymatiques des fibres (surtout celles dites "intermédiaires"). Le mode de répartition (fibres rapides/ fibres rouges) peut donc évoluer. Par le jeu du pouvoir myogénique des myoblastes et des restructurations cellulaires, on sait qu’un travail intense en musculation (>80% max.) entraîne une hypertrophie (épaississement du diamètre des fibres) concomitante à un renforcement de la trame conjonctive. L’hyperplasie (multiplication du nombre de fibres) n’est pas encore (a ma connaissance) démontrée chez l’homme mais certains chercheurs affirment qu’il peut se produire des fissurations longitudinales provoquant l’apparition de fibres néoformées (interprétations de biopsies diachroniques). On sait surtout de manière formelle que la transition de fibres rapides à fibres lentes est beaucoup plus facile à obtenir. En effet, des exercices d’endurance permettent : l’augmentation du réseau capillaire qui perfuse les myofibrilles, l’accroissement dans le temps du nombre et de la taille des mitochondries, l’évolution du taux des enzymes du cycle de Krebs et des transporteurs de l’oxygène dans la chaîne ventilatoire/circulatoire (meilleur prélèvement d’O2 dans l’air ambiant et meilleur approvisionnement périphérique des territoires actifs). En conclusion, on note une prédisposition génétique certaine pour la pratique de telle ou telle forme d’activité physique mais on peut malgré tout, par l’intermédiaire d’un entraînement approprié, augmenter ses performances dans un domaine bien particulier.
    Cependant, il est des héritages physiques que l’on ne peut modifier comme par exemple la longueur et l’agencement des différents segments corporels et le mode d’insertion distal et proximal des muscles. Ces derniers paramètres ont des incidences majeures sur les notions de biomécanique pour la performance (leviers, moments des forces etc.). On peut dire de manière schématique que les possibilités mécaniques optimales sont prédéterminées par le modèle support du sujet. Mais heureusement, on peut optimiser considérablement ce "modèle support" en jouant sur l’efficience du geste technique de compétition par l’intermédiaire des indices de rendement, de coût énergétique, en organisant une gestuelle de telle manière à emmagasiner puis restituer un maximum d’énergie élastique etc. A titre d’exemple, il vaut mieux être grand pour jouer en NBA ou participer aux championnats du monde de saut en hauteur, pourtant, certaines équipes américaines ont recours à de petits joueurs de 1m80 et il y a actuellement sur le circuit de l’IAAF (fédération internationale d’athlétisme), dans les meeting de la "golden ligue", un sauteur de 1m80 qui à déjà franchi 2m36...
    Pour ce qui est des prédispositions mentales à la performance il semble que ce soit davantage un "héritage culturel" que génétique qui rentre en ligne de compte.
    Laissez moi pour illustrer mon propos vous conter une anecdote révélatrice.
    Citons le cas du marathon des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Cette épreuve est habituellement "cadenassée" par les concurrents Africains. Mais le parcours proposé était très difficile car il se terminait par une très longue côte du genre de celles insidieuses qui usent le coureur, cassent les jambes, brisent le rythme de course, et nécessitent des qualités anaérobies lactiques certaines. Et bien, sur ce type d’épreuve, les coureurs du continent Africains n’ont pas occupé les avant postes, n’étaient pas présents sur le devant de la scène. Des études ultérieures ont même mis en évidence le fait que le vainqueur fut celui qui avait une VO2 Max. de 73 ml O2 /kg / mn. Cela représente à ce niveau de compétition une VO2Max de “ moineau" (passez moi l’expression...) la plus faible de l’ensemble des participants. Pourquoi donc ? Et bien on a assisté à l’émergence des coureurs issus du Japon. Or si il y a une culture de type "kamikaze" dans le monde, où la souffrance paroxystique n’est pas redoutée c’est bien au Japon. Il faut savoir qu’une fois la ligne d’arrivée franchie, le Japonais arrivé deuxième (médaille d’argent) s’est littéralement effondré, on l’a conduit à l’hôpital et il ne s’est réveillé que deux jours après. Sur un parcours plat, les indices physiologiques bien supérieurs des Africains auraient fait comme d’habitude la différence, mais cette fameuse et terrible longue côte terminale à permis aux qualités de détermination, d’abnégation à toute épreuve, aux capacités à savoir aller jusqu’au bout en puisant dans les réserves et en tolérant un effort en acidose métabolique, de s’exprimer.
    J’espère sincèrement que ces quelques renseignements vous ont aidé à mieux cerner la part qu’occupent l’entraînement physique et mental par rapport aux potentialités génétiques dans le sport de haute compétition.

    Sportivement,

    Jean-Marc « BERTRAND »

  • Julien,
    Voici la réponse de Virgil Lopez, entraîneur de l’équipe de Montpellier, qui nous a répondu grâce à l’intervention de Jean-Marc

    "Si j’ai bien compris la question, vous me demandez comment établir une planification pour augmenter l’endurance, sans tomber dans le surentraînement dans les différents cycles de la préparation physique ?

    Je répondrais de la manière suivante :

    Le basket est un sport collectif mettant en exergue trois postes de jeu : le meneur, les ailiers, et les pivots, chacun ayant un rôle à jouer dans son répertoire afin de marquer plus de points que l’adversaire.

    De ces trois postes va émerger une planification différente dans l’évolution de la saison, selon les besoins de chaque protagoniste. En effet avant toutes choses il faut absolument connaître ses athlètes…

    Une fois ce prélude terminé, l’augmentation de l’endurance n’est pas une fin en soi dans ce sport. En effet, la préparation physique en endurance n’a d’importance que lors du début de la saison pour obtenir une VMA cible pour chaque athlète (établie en laboratoire). Ceci afin de provoquer une réaction physiologique permettant l’évacuation de l’acidité musculaire individuelle.

    Pré saison : un programme individuel est donné à chaque athlète, comportant une salade d’exercice, c’est-à-dire de la course en fartlek, de la musculation légère sans charge, utilisant le poids du corps, ceci afin de préparer au mieux le début de la saison.

    Une fois tous les athlètes arrivés, commence un nouveau cycle de 5 semaines, alternant un jour sur 2, de l’interval-training long puis court.

    Début : l’endurance n’est plus d’actualité, cependant, lors de la récupération j’aime particulièrement utiliser une forme d’interval-training, circuit training intégrant de la course et de la proprioception mixées.

    Mi-saison : la trêve est une période relativement difficile à gérer, et qui comporte un rappel d’endurance 3 fois par semaine pendant 2 semaines

    Fin de saison : l’endurance n’a plus lieu d’être en fin de saison, il vaut mieux favoriser la vitesse sous toutes ses formes.

    Après la saison : gardez vous de travailler l’endurance après la saison, vous risquerez de vous attirez des ennuis, de plus, les joueurs nous échappent à cette époque…"
    Virgil Lopez


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